Les nouveaux gardiens de l'Etat face à la crise : une comparaison France-États-Unis

Résumé : Depuis quelques années, la sociologie de l'Etat est traversée par un débat qui porte sur la pertinence du paradigme wébérien qui est à l'origine de son développement (King, Le Gales, 2011). Différents auteurs, venus souvent de l'analyse des politiques publiques, ont contesté la propension de ce dernier à réduire l'Etat à un ensemble d'institutions nettement différenciées, dirigées par des élites autonomes dont elles assurent elles-mêmes la formation et la sélection (Badie, Birnbaum, 1979). Ils soulignent que ce paradigme n'explique pas comment un Etat réputé faible, comme les Etats-Unis, peut mettre en oeuvre des politiques fortes dans un certain nombre de secteurs d'action publique (Lieberman, 2002 ; King, Lieberman, 2009a). Ni comment les politiques publiques sont effectivement produites au sein des Etats contemporains réputés forts comme la France (Lascoumes, Legales, 2007 ; Hassenteufel, 2008). Ce débat porte essentiellement sur ce qui fait la force de l'Etat au sein des sociétés contemporaines. Mais aussi sur la viabilité de la distinction traditionnelle entre Etat fort et Etat faible (Baldwin, 2005). Il s'appuie en partie sur la distinction faite par M. Mann entre « pouvoir despotique » et « pouvoir infra-structurel » de l'Etat (Mann, 1984, 1993). Pour le sociologue britannique, le premier renvoie aux types d'actions que les élites d'Etat peuvent entreprendre sans négociation routinisée ou institutionnalisée avec les groupes de la société civile tandis que le second concerne les capacités de l'Etat à pénétrer la société civile et à mettre en oeuvre des décisions politiques sur son territoire (Mann, 1984, p. 113). En reprenant ces deux notions, il s'agit pour les auteurs qui s'en inspirent d'apprécier dans quelle mesure l'existence d'institutions politiques ou administratives fortement différenciées de leur environnement politique et social constitue une condition à la fois nécessaire et suffisante à la force de cet Etat. Sans prétendre vouloir trancher ce débat sur les structures de l'Etat ou ses recompositions contemporaines, le présent article vise à en souligner les apports pour l'analyse des élites qui soutiennent son action, désignées ci-après comme les « Elites d'Etat ». Son propos est de mettre en évidence ce que l'essor du pouvoir infrastructurel évoqué par M. Mann — lié au développement de la démocratie et la diversification des formes d'interventions publiques à partir du XIX° siècle — a modifié au rapport de ces élites à l'Etat. Il avance que si ce rapport ne saurait se réduire à la simple défense des institutions de l'Etat et de leur autonomie à l'égard de leur environnement politique et social, il n'exclut pas un soutien au rôle de la puissance publique vis-à-vis de ce dernier.
Complete list of metadatas

Cited literature [136 references]  Display  Hide  Download

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01405263
Contributor : William Genieys <>
Submitted on : Tuesday, November 29, 2016 - 4:33:03 PM
Last modification on : Tuesday, May 28, 2019 - 10:58:03 AM
Long-term archiving on : Monday, March 27, 2017 - 7:09:19 AM

File

congrès, Les nouveaux gardie...
Files produced by the author(s)

Identifiers

  • HAL Id : hal-01405263, version 1

Collections

Citation

William Genieys, Jean Joana. Les nouveaux gardiens de l'Etat face à la crise : une comparaison France-États-Unis . 12ème Congrès de l’Association française de science politique, Congrès de l’Association française de science politique-AFSP Aix en Provence 2015 Jun 2015, Aix en provence, France. ⟨hal-01405263⟩

Share

Metrics

Record views

175

Files downloads

197