Religion et piété sceptique selon Sextus Empiricus

Résumé : Parce que le scepticisme est une philosophie sans thèse, il peut recevoir une pluralité d'interprétations parfois contradictoires. À propos du scepticisme, un malentendu est toujours possible : aujourd'hui autant des créationnistes que des évolutionnistes, des athées que des philosophes chrétiens utilisent le scepticisme pour des buts diamétralement opposés. À ce titre, poser la question de la relation entre scepticisme et religion est une bonne occasion pour lever, autant que faire se peut, certaines indéterminations propres au corpus sceptique. En ce qui concerne Sextus Empiricus, trois textes abordent la question de la religion et de la piété sceptiques. Dans les Esquisses Pyrrhoniennes (PH) I 23-24, Sextus explique que le sceptique n'est pas inactif contrairement à ce que prétendent les dogmatiques, qu'il agit en suivant les phénomènes c'est-à-dire qu'il vit selon « les règles de la vie quotidienne » parmi lesquelles celle « de suivre la tradition des lois et des coutumes qui fait que nous considérons la piété, dans la vie quotidienne, comme bonne et l'impiété comme mauvaise » 1. Cette position se retrouve en PH III 2 en préliminaire de l'enquête physique sur les dieux : « en suivant sans soutenir d'opinions les règles de la vie quotidienne nous disons qu'il existe des dieux, nous révérons les dieux et nous affirmons qu'ils exercent une providence… » ; elle est répétée, enfin, dans le Contre les physiciens (AM IX), 49 : « suivant les coutumes traditionnelles et les lois, il [sc. le sceptique] dit que les dieux existent et il s'applique à les servir et les respecter » 2. Le propos de cet article est d'interroger cette position en deux temps : 1. Quelle est l'intention de Sextus quand il parle de la religion et de la piété sceptiques ? Comment caractériser la position personnelle du sceptique sur cette question ? 2. Une fois formulée une hypothèse sur cette intention, reste à tester la validité et la cohérence de cette position en relation avec le concept de piété. La piété sceptique est-elle possible ? La place de la religion dans le néo-pyrrhonisme Pourquoi sonder l'intention réelle du sceptique, comme si ce qu'il disait ne suffisait pas pour connaître sa position ? Cette question se répète fréquemment pour l'interprétation du 1 J'utilise la traduction de P. Pellegrin (Pellegrin 1997) pour PH, et je traduis le Contre les Physiciens (AM IX). 2 Voir aussi PH III, 219 sq., qui expose les désaccords dogmatiques sur « la piété et le service des dieux » mais n'évoque pas la question de la piété sceptique. Sur ces textes, voir l'article d'E. Spinelli dans le présent volume.
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Chapitre d'ouvrage
Anne-Isabelle Bouton-Touboulic; Carlos Lévy. Scepticisme et Religion : constantes et évolutions de la philosophie hellénistique à la philosophie médiévale, Brepols, pp.103-117, 2016, Monothéismes et philosophie, 978-2-503-56545-3
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Contributeur : Stéphane Marchand <>
Soumis le : vendredi 13 avril 2018 - 14:59:52
Dernière modification le : mardi 17 avril 2018 - 14:42:28

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Stéphane Marchand. Religion et piété sceptique selon Sextus Empiricus. Anne-Isabelle Bouton-Touboulic; Carlos Lévy. Scepticisme et Religion : constantes et évolutions de la philosophie hellénistique à la philosophie médiévale, Brepols, pp.103-117, 2016, Monothéismes et philosophie, 978-2-503-56545-3. 〈hal-01397072〉

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