Quelles sont les implications de la redistribution privée sur les multiplicateurs keynésiens et les bases économiques des petites économies ?

Abstract : De quoi dépend l’activité économique d’une petite économie (ou d’un territoire de petite taille) ? La théorie de la base (TB) constitue le cadre classique pour analyser la vie économique de ces territoires (Aydalot, 1985 ; Davezies, 2005, 2008 ; Krikelas, 1992 ; Thiebout, 1956). Deux éléments caractérisent cette théorie. Le premier est que le principal moteur de l’activité économique d’un territoire est sa capacité à y faire entrée des flux de revenus. Le second est la distinction entre deux grands types d’activités : des activités « basiques » et des activités « non-basiques » ou « domestiques ». Les premières sont les activités qui font entrer des flux de revenus dans le territoire ; les secondes sont les activités qui n’ont pas de lien direct avec l’extérieur et servent exclusivement la population locale. Les activités basiques constituent ainsi le moteur fondamental de la vie économique des territoires de petite taille en entretenant tout un tissu économique local (les activités domestiques). De plus, ces activités basiques engendrent des effets multiplicateurs sur les activités domestiques. Dans la version traditionnelle de la TB, le seul type d’activités basiques correspond aux activités dites de la « base productive ». En d’autres termes, l’activité économique d’une petite économie dépendrait de sa capacité à exporter des biens et services. Plusieurs travaux (par exemple Davezies, 2005, 2008 ; Terrier, 2009 ; Williams, 1997) ont toutefois montré qu’aujourd’hui, l’activité économique des territoires de petite taille ne dépend plus seulement de leur base productive mais aussi de leur capacité à capter des revenus de l’extérieur. Cela va conduire Davezies (2008) à identifier trois autres bases à côté de la base productive : une « base publique » (salaires des emplois publics), une « base sociale » (prestations sociales autres que les retraites) et une « base résidentielle » (revenus des habitants financièrement autonomes). Il est également possible d’identifier une « base présentielle », au titre des revenus qui se forment dans un territoire en raison de la captation de dépenses de consommation auprès de visiteurs (Dissart & Vollet, 2011 ; Ruault, 2014). Contrairement aux bases publique et sociale, les bases présentielle et résidentielle mettent en avant des phénomènes de redistribution privée des revenus. Si cette redistribution peut être abordée comme un ensemble de flux de revenus internes à un territoire (entre sous-ensembles spatiaux d’une même nation par exemple), elle peut également être envisagée comme une source de flux entre territoires (par exemple entre des communes ou des régions administratives). L’existence de ces deux bases, présentielle et résidentielle, dérive en partie de ce que les gens se déplacent : en effet, sous l’influence de différents facteurs (mutations du marché du travail, des modes de vie, des transports, émergence du numérique…), une personne peut aujourd’hui être amenée à résider dans un lieu, à travailler dans un deuxième et à dépenser son revenu dans un troisième. A l’inverse de la redistribution publique, cette redistribution privée entre territoires n’est pas prise en compte dans les modèles de référence en macroéconomie puisque la référence dans ceux-ci constitue soit des économies de grande taille, soit de petites économies dont les relations avec l’extérieur se réduisent aux seuls exportations et importations. Or, aujourd’hui, les déplacements quotidiens de population jouent un rôle croissant dans l’activité économique des territoires de petite taille. Par rapport au cadre classique, deux hypothèses peuvent se trouver être remises pour ces territoires. La première est que les dépenses de consommation des individus sont réalisées en grande majorité dans leur territoire de résidence. La seconde est que le revenu disponible des résidents d’un territoire est globalement égal à la production de biens et services sur ce territoire. Or, pour des territoires de petite taille, ces deux hypothèses ne sont plus tenables. Dans cet article, nous cherchons à intégrer ces phénomènes de redistribution privée entre territoires dans le cadre de référence en macroéconomie pour analyser les déterminants de l’activité économique des économies avec chômage keynésien. Représenter ces éléments dans ce cadre de référence nous semble avoir un double intérêt. Du point de vue de la macroéconomie, cela permet d’avoir une représentation plus fidèle de la manière dont fonctionne une petite économie et de mettre en avant des éléments rarement pris en compte. Du point de vue de l’économie territoriale, notre article entend d’une part, participer à la construction d’une « macroéconomie locale » et d’autre part, de clarifier les conditions d’émergence et les déterminants de la base résidentielle/présentielle. Après avoir préciser ce que l’on entend par redistribution privée des revenus entre territoires et leur ampleur dans le cas français (section 1), il s’agira d’analyser ce que cela change pour l’activité économique des territoires de petite taille, notamment du point de vue des multiplicateurs keynésiens (section 2).
Type de document :
Communication dans un congrès
ASRDLF 2016: Territoires et frontières : le développement à l’épreuve des régions frontalières, Jul 2016, Gatineau, Québec, Canada
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Contributeur : Philippe Poinsot <>
Soumis le : mardi 18 octobre 2016 - 16:53:06
Dernière modification le : mercredi 6 septembre 2017 - 09:26:10

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  • HAL Id : hal-01383448, version 1

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Philippe Poinsot, Jean-François Ruault. Quelles sont les implications de la redistribution privée sur les multiplicateurs keynésiens et les bases économiques des petites économies ?. ASRDLF 2016: Territoires et frontières : le développement à l’épreuve des régions frontalières, Jul 2016, Gatineau, Québec, Canada. 〈hal-01383448〉

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