Empreintes algériennes en terre calédonianne. Le chassé-croisé des politiques foncières dans la seconde partie du XIXe siècle

Résumé : Résumé : : L’Algérie et la Nouvelle-Calédonie constituèrent au XIXe siècle, les deux seules colonies françaises dites de « peuplement , soumises à une politique organisée, volontariste et persistante d’émigration engageant dans le principe et dans les faits une stratégie systématique d’emprise foncière au profit des colons implantés et à l’encontre des populations locales. Les politiques de cantonnement élaborées sous le Seconde Empire en Algérie trouvèrent des échos évidents en Nouvelle-Calédonie, dans la même période, lorsqu’il fut question de nommer les groupes kanaks (que l’on appela ici tribu) et de définir les contours de leurs propriétés dites collectives pour organiser prévoir les politiques de cantonnement à venir. La notion de tribu fut fixée en 1867 et celle de propriété collective en 1868. Mais le modèle calédonien mis en place localement sur l’impulsion du gouverneur Guillain exclut les perspectives de privatisation progressive des terres collectives imaginées par Napoléon III en Algérie pour ne retenir qu’une logique stricte de refoulement des Kanaks sur des terrains délimités en propriétés collectives de tribu que l’Etat pourra toujours exproprier sans indemnité pour des raisons d’utilité publique. La double logique d’une propriété collective à la fois pérennisée et non consolidée juridiquement donna lieu à de sérieuses critiques du Ministère des Colonies en 1869 qui réclamait l’application pleine et entière de la politique coloniale et foncière algérienne. Mais le principe ne fut pourtant jamais remis en cause. Alors qu’en Algérie, la loi Warnier imposa une « francisation » progressive du sol et l’ouverture des ventes au marché privé, on créa en Nouvelle-Calédonie des « réserves indigènes », inaliénables, incommutables, insaisissables et strictement délimitées mais que l’on pouvait réduire en cas de besoin (et que l’on pourra agrandir par la suite). Un tel choix couta son poste au gouverneur Guillain et si les raisons restent obscures fautes de sources, on peut néanmoins tenter quelques hypothèses. Reste cependant les effets lourds de telles décisions. Soumises dans un premier temps, à une même logique de cantonnement, l’Algérie et la Nouvelle-Calédonie connurent des destins finalement divergents sur le plan foncier, d’un côté, une généralisation progressive des ventes de terre et l’imposition d’un marché concurrentiel, de l’autre la fixation de territoires restreints toujours menacés par les appétits de la colonisation sur lesquels les Kanaks furent « assignés à résidence ». Alors que les Algériens ont subi la dépossession et la prolétarisation de leur condition, les Kanaks ont connu la relégation sur les terres de tribu et l’enfermement dans l’espace des districts qu’ils ne pouvaient quitter sans une autorisation de leurs grands chefs et de la gendarmerie.
Document type :
Conference papers
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01350523
Contributor : Isabelle Merle <>
Submitted on : Saturday, July 30, 2016 - 1:58:15 PM
Last modification on : Thursday, January 18, 2018 - 1:30:01 AM

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  • HAL Id : hal-01350523, version 1

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Citation

Isabelle Merle. Empreintes algériennes en terre calédonianne. Le chassé-croisé des politiques foncières dans la seconde partie du XIXe siècle. Le Maghreb au XIXe siècle. Approches historiographiques comparées, Centre National de Recherches Préhistoriques Anthropologiques et Historiques (CNRPAH), Feb 2016, Constantine, Algérie. ⟨hal-01350523⟩

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