L’ ‘antéposition attitude’ ou comment enseigner ce qui sera peut-être un jour grammatical

Abstract : Il est une évidence de dire que toute langue vivante évolue : le lexique, exemple le plus facilement remarquable, s’enrichit de nouveaux mots tandis que d’autres tombent en désuétude ; la morphologie et la syntaxe de la langue évoluent également (que l’on songe à la négation en français et au cycle de Jespersen par exemple). L’une des origines de cette évolution naturelle est le contact avec d’autres langues. Pour des raisons économiques, politiques ou culturelles, certaines langues entrent en contact et finissent par effectuer des emprunts, lexicaux, morphologiques et syntaxiques (parfois même phonologiques) qui viennent modifier la langue de départ ainsi enrichie. En ce qui concerne le français, nul ne pourra contester que l’influence exercée au niveau mondial par la langue anglaise a, notamment depuis la seconde moitié du 20° siècle, entraîné des modifications du lexique français : les emprunts sont légion, depuis football, walkman, DJ, marketing jusque podcasting, internet, groove et slam pour les plus récents. Un autre type d’emprunt, très récent, avec pour origine le jeu sur la langue dont la publicité, la presse, et le monde des médias en règle générale sont friands, nous paraît beaucoup plus important dans la mesure où il vient (viendrait ?) cette fois modifier la morphosyntaxe de la langue. Il est en effet de plus en plus fréquent de trouver des syntagmes nominaux composés du type Nom modifieur + Nom tête en français. Ce type de composition, très prolifique en anglais (shoe shop, teapot, coffee maker, password, apple tree etc.) et dans les langues germaniques en général n’existe pas en français (les composés du type N+N ont le nom tête à gauche, caractéristique typique des langues romanes), même si certains composés du type tour opérator/-eur se sont installés dans nos dictionnaires. Ainsi, par l’intermédiaire de l’anglais, cette structure semble s’immiscer dans la langue française via des titres de programmes télévisés, de chansons, d’articles de presse. Nous pensons en particulier à des exemples du type Star Academy, planète attitude, Bondy blog, ou encore job salon, qui par pulsion ludique donnent lieu à toute une série déclinaisons, notamment pour la N attitude et la N academy. Corpus à l’appui, nous souhaitons montrer que cette structure est bien plus fréquente qu’on ne pourrait le penser de prime abord et qu’elle ne paraît pas (ou plus) si étrangère que cela aux oreilles des francophones. Inévitablement se pose la question de savoir si ce type de composition morphologique doit être enseigné. Dans le mesure où nous sommes face à une morphosyntaxe innovante, dont nul ne peut à ce stade décréter la viabilité sur le long terme mais dont la présence dans la langue tend à se faire de plus en plus fréquente, le « phénomène de mode » semblant durer, nous répondrons par l’affirmative. Dans la mesure où ce type d’exemples se trouve dans la presse dite de qualité, tout apprenant du français doit pouvoir appréhender ce type de composition, certes à la marge de la grammaticalité mais dont l’existence justifie à elle seule une réflexion sur la façon dont le français doit être enseigné, sous toutes ses facettes.
Document type :
Conference papers
Liste complète des métadonnées

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01332128
Contributor : Rudy Loock <>
Submitted on : Wednesday, June 15, 2016 - 11:53:38 AM
Last modification on : Wednesday, July 25, 2018 - 1:22:39 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-01332128, version 1

Collections

Citation

Rudy Loock. L’ ‘antéposition attitude’ ou comment enseigner ce qui sera peut-être un jour grammatical. « Quel français enseigner ? La question de la norme dans l’enseignement/apprentissage » (Ecole Polytechnique, Paris), Sep 2008, Paris, France. pp.311-320. ⟨hal-01332128⟩

Share

Metrics

Record views

135