La rusticité revendiquée : pratiques, savoirs et compétences au service de nouvelles formes de sélection animale territorialisées en Pays Basque

Résumé : L’élevage est au coeur des débats critiques envers les formes d’agricultures productivistes (érosion de la diversité animale, émissions de GES, impact sur la qualité de l’eau, bien-être animal). Ces mises en cause sont régulièrement alimentées par la survenue de crises sanitaires (Bonnaud et Joly, 2012). A contrario, un ensemble de pratiques d’élevage sont reconnues pour leur contribution à l’émergence de nouvelles formes d’agricultures plus durables (entretien des territoires, valorisation des ressources, etc.). Rentabilité économique, productivité technique, et acceptabilité sociale des activités d’élevage sont des enjeux qui conditionnent la survie des exploitations (Hochereau F. et al., 2006). Au sein de ces activités, la sélection génétique des animaux, ayant fait l’objet depuis 1966 (Loi sur l’Elevage) d’une politique substantielle visant à l’amélioration du potentiel de production de l’élevage français (Vissac 2002), semble avoir participé à l’avènement d’une "situation génétique qui serait réduite à un nombre limité de races par espèce animale" et de la diminution de la diversité intra-race (Audiot A., 1995). En effet depuis plus de cinquante ans, la sélection génétique a d’abord permis l’accroissement de la productivité des animaux, avant d’intégrer des critères de qualité des produits voire des critères fonctionnels (par exemple la longévité, Ducrocq et al 2001). Cependant, les critères de sélection restent souvent communs à plusieurs races, et des critiques sont apparues autour de leur faible adaptation aux capacités et besoins des races moins spécialisées et des agriculteurs qui les élèvent. Ainsi aujourd’hui, on voit se développer des logiques civiques et territoriales de préservation et valorisation des patrimoines locaux qui prônent des formes d’organisation plus locales et leur réappropriation par les éleveurs (Bonneuil et Thomas, 2009 ; Labatut J., 2009). Comment se concrétisent ces critiques et ces nouvelles formes de sélection plus "territorialisées" ? L’étude présentée ici se propose d’interroger, au travers de la notion de "rusticité" (notion controversée) dans le cas de la race Manex Tête Noire au Pays Basque, les nouvelles formes d’élevage et de sélection et la façon dont les acteurs contribuent à faire évoluer les cadres d’action et les normes de la sélection animale vers des formes moins standardisées et plus ancrées dans les territoires. Cette étude s’intéresse à une dynamique spécifique dans ce territoire, celle de la dynamique engagée par une population d’éleveurs d’une race locale (la Manex Tête Noire) visant à promouvoir une nouvelle forme de sélection de celle-ci. En effet, depuis 40 ans, cette race a été sélectionnée selon un modèle de sélection générique développé avec succès dans la race Lacaune (l’une des races les plus productives au monde), et diffusé dans les autres races ovines françaises. Ce succès n’a pas été au rendez-vous en Manex Tête Noire, malgré une augmentation de sa production, et des volontés de différenciation et de meilleure prise en compte des pratiques locales sont rapidement apparues. Ces divergences, fragilisant le collectif des éleveurs, ont favorisé le déclin de la race, qui enregistre un recul de ses effectifs depuis plusieurs années remettant en cause la survie de la race à moyen terme. Face à cette situation préoccupante et aux divergences de points de vue et de conduite des élevages, des éleveurs se sont investis dans une réflexion commune en 2010 et ont créé une association pour la promotion collective de la Manex Tête Noire et des systèmes transhumants "Buru Beltza". La rusticité, appréciée notamment par l’aptitude à la transhumance et à la valorisation de ressources fourragères variables en quantité et en qualité est rapidement apparue comme un critère important pour assurer l’inscription de la race dans des pratiques locales tournées vers la transhumance, d’une importance cruciale pour ces systèmes d’élevage. Cependant, son inscription dans le projet collectif de gestion de la race reste difficile compte tenu de son caractère difficilement mesurable et du non consensus sur ce que cette notion représente.
Type de document :
Communication dans un congrès
Nouvelles formes d’agriculture : pratiques ordinaires, débats publics et critique sociale, Nov 2013, Dijon, France. Nouvelles formes d’agriculture : pratiques ordinaires, débats publics et critique sociale 2013
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Contributeur : Germain Tesniere <>
Soumis le : mardi 14 juin 2016 - 18:32:59
Dernière modification le : mercredi 19 décembre 2018 - 10:54:02

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Citation

Germain Tesniere, Julie Labatut, Nathalie Joly, Anne Lauvie, Marie-Angélina Magne. La rusticité revendiquée : pratiques, savoirs et compétences au service de nouvelles formes de sélection animale territorialisées en Pays Basque. Nouvelles formes d’agriculture : pratiques ordinaires, débats publics et critique sociale, Nov 2013, Dijon, France. Nouvelles formes d’agriculture : pratiques ordinaires, débats publics et critique sociale 2013. 〈hal-01331930〉

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