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Conference papers

Le livre au futur antérieur : les ambiguïtés d'un motif d'anticipation

Résumé : Les caractéristiques du récit d’anticipation en font un objet privilégié d’étude des enjeux culturels d’une époque dont il dépeint le tableau futur pour critiquer son état actuel ou s’en rassurer. Le genre de l’anticipation est ainsi enclin à articuler imaginaire social et extrapolations du présent, ce qui le porte à considérer, parmi d’autres aspects socio-culturels, la situation de la littérature. Il traite volontiers du modèle culturel lettré en questionnant son histoire, ses valeurs, ses acteurs et ses institutions. Le bilan qu’il en fait est généralement nuancé et négatif, prenant la forme de fictions dystopiques qui multiplient les alternatives audio-visuelles à l’objet-livre, doutent de Paris en tant que capitale des lettres et questionnent le paradigme de la France comme nation littéraire. Dès 1860, des romans et nouvelles parus pour la plupart dans la presse et les collections populaires développent de telles représentations en mots et en images. Outre l’œuvre d’anticipation d’Albert Robida, qui n’a pas seulement illustré La fin des livres d’Octave Uzanne (1895) mais aussi développé une réflexion d’ensemble sur l’avenir des pratiques littéraires et artistiques, notamment dans le Vingtième Siècle (1883) et La Vie électrique (1890), mentionnons Jules Verne et son Paris au XXe siècle (1994, écrit en 1863) ou Camille Flammarion avec La Fin du monde (La Science illustrée, 1893). Parmi les moins connus, signalons encore Joseph Méry, Les Ruines de Paris (1856) ; Alfred Franklin, Les Ruines de Paris en 4875 (1875) ; Didier De Chousy, Ignis (1883) ; Gustave Guitton, Ce que seront les hommes de l’an 3000 (1907) et Octave Béliard, Une expédition polaire aux ruines de Paris (Lecture pour tous, 1911). Dans ces œuvres encore peu considérées par la recherche universitaire, la littérature apparaît comme un bien culturel éminemment périssable et menacé, mais aussi comme un médium parmi d’autres au sein de pratiques en mutation qui réorganisent les tensions entre la création désintéressée et la production utilitaire. Si la littérature n’est pas le livre, le destin incertain de la première semble indissociablement lié à l’avenir du second. Des ambiguïtés significatives sont à examiner à ce propos : les scénarios fictifs envisagent une fin possible de la culture lettrée qui ne signe pas toujours la mort du livre et imaginent à celui-ci une survie sous des formes alternatives. Ces dernières révèlent un imaginaire médiatique du progrès et une inscription dans la société du spectacle émergente. Pour en rendre compte, on s’interrogera donc sur ce point crucial : y a-t-il disparition ou substitution du livre dans le corpus d’anticipation ? Sous cet angle, la lecture transversale permettra d’esquisser une typologie du livre au futur antérieur selon quatre aspects : (1) ses formes et supports (fragment vs volume, archive documentaire, hybride audio-visuel, objet technologique, etc.), (2) ses lieux matériels et symboliques (bibliothèques et cabinets, topographie urbaine, architecture dédiée), (3) ses usages (individuels vs collectifs, publics vs privés, informels ou ritualisés) et (4) les systèmes de classements dans lesquels il s’inscrit (hiérarchie des genres, valeurs, promotion ou contestation). Ces éléments d’analyse doivent permettre de rendre compte de l’empreinte complexe laissée au XIXe siècle par une certaine culture du livre dans une fraction de la production littéraire particulièrement perméable aux préoccupations et au discours social de son époque. Ils permettront de préciser l’importance assignée au livre dans son double aspect d’objet patrimonial et de vecteur de communication.
Document type :
Conference papers
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01292521
Contributor : Emilie Pézard <>
Submitted on : Wednesday, March 23, 2016 - 12:32:06 PM
Last modification on : Tuesday, December 8, 2020 - 10:38:21 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-01292521, version 1

Citation

Valérie Stiénon, Claire Barel-Moisan. Le livre au futur antérieur : les ambiguïtés d'un motif d'anticipation. La Mort du livre. Acte I : l’âge du papier (1800-1914), Corinne Saminadayar-Perrin, Nov 2014, Montpellier, France. ⟨hal-01292521⟩

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