Continuité et ruptures dans l'expression narrative des historiens latins

Résumé : Dans son ouvrage L'expression narrative chez les historiens latins, Histoire d'un style, publié en 1969, J.P. Chausserie-Laprée étudie un échantillonnage de textes historiques et montre notamment très clairement comment la structure des phrases narratives a évolué dans le cadre de ce qu’il appelle le « récit soutenu » : chez César et ses continuateurs, la phrase narrative, débute le plus souvent par une suite de compléments divers (Ablatifs Absolus, épithètes détachées, propositions temporelles, etc.) qui précisent les circonstances du procès décrit dans la principale qui clôture la phrase ; en d’autres termes, les propositions principales, dont la suite constitue la trame événementielle du récit, sont alors précédées par une série de « cadratifs » qui précisent l’arrière-plan de la narration. Cette structure narrative que J.P. Chausserie-Laprée qualifie de « phrase narrative type » va progressivement céder la place à d’autres structures, principalement à la « phrase à rallonge », où après une phrase qui semble complète et cohérente, apparaissent divers éléments circonstanciels inattendus qui viennent préciser à posteriori des circonstances de l’action : cette structure de phrase est caractéristique de la technique d’écriture de Tacite. Une étude statistique, élargissant le corpus et se fondant sur la base de données du Laboratoire d’Analyse Statistique des Langues anciennes, permet d’affiner cette vision des choses : s’il y a bien en quelque sorte une rupture entre le style de César et celui de Tacite, on constate que celle-ci est moins nette qu’il n’y paraît de prime abord. A côté de ces deux types emblématiques, d’autres structures de phrase rapprochent les deux auteurs. En outre, l’évolution du style historique n’est pas parfaitement linéaire et l’emploi des structures narratives peut varier fortement d’un auteur à l’autre. On note par ailleurs une réelle stabilité dans la proportion occupée dans le texte par les éléments précisant l’arrière-plan narratif (éléments « cadratifs » et « en rallonge » s’équilibrent généralement pour prendre ensemble à peu près la même place dans la narration). Enfin, au sein des éléments « cadratifs » et « en rallonge », on retrouve les mêmes motifs syntaxiques (par exemple, une séquence Ablatif absolu – proposition en cum+subjonctif) dans des proportions souvent équivalentes. Si les ruptures sont donc multiples d’un auteur à l’autre, on relève néanmoins de véritables continuités dans l’expression narrative des historiens latins de l’époque classique : par delà les différences qui séparent les différents types de textes (commentaires, annales, biographies) ces continuités tendent à confirmer l’unité du genre historique et à vérifier le bien-fondé d’une démarche telle que celle de J.P. Chausserie-Laprée.
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Chapitre d'ouvrage
Michèle BIRAUD. (Dis)continuité en linguistique latine et grecque, Hommage à Chantal Kircher-Durand., L'Harmattan, pp.323-338, 2012, 978-2-296-55988-2. <http://www.editions-harmattan.fr/>
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Contributeur : Sylvie Mellet <>
Soumis le : lundi 4 janvier 2016 - 22:03:19
Dernière modification le : samedi 19 novembre 2016 - 01:10:48
Document(s) archivé(s) le : vendredi 15 avril 2016 - 16:23:56

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Dominique Longrée, Sylvie Mellet. Continuité et ruptures dans l'expression narrative des historiens latins. Michèle BIRAUD. (Dis)continuité en linguistique latine et grecque, Hommage à Chantal Kircher-Durand., L'Harmattan, pp.323-338, 2012, 978-2-296-55988-2. <http://www.editions-harmattan.fr/>. <hal-01250511>

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