Rejouer une œuvre avec l'électronique temps réel : enjeux informatiques et musicologiques

Résumé : S’il est commun de dire que toute œuvre musicale doit être jouée et surtout rejouée, la nécessité en est encore plus manifeste dans le répertoire contemporain, où un certain nombre d’œuvres nouvelles ne dépassent pas l’étape de la première audition. Au sein de ces corpus, nous nous pencherons sur les œuvres où des instrumentistes coexistent et interagissent avec une modulation de leurs parties par des moyens électroniques, souvent appelée électronique temps réel. Le résultat de cette modulation est calculé par l’ordinateur (et diffusé par des hauts-parleurs) pendant l’exécution, calcul déterministe mais donnant un résultat sonore et un placement temporel qui ne peuvent pas être entièrement déterminés a priori, puisqu’ils sont liés à la source musicale en entrée. Les œuvres utilisant ces dispositifs cumulent les difficultés habituelles de la réception de la musique contemporaine et celles liées à l’instabilité des supports techniques nécessaires à leur exécution ; car les matériels et les logiciels utilisés ne cessent d’évoluer, avec des compatibilités au mieux partielles entre générations, et le plus souvent des ruptures techniques. Nous savions que ces œuvres avec électronique ébranlaient les piliers de la composition musicale occidentale, en faisant vaciller les paradigmes de la partition, de l’instrument, voire de l’interprète et du compositeur. Nous découvrons désormais avec stupeur que nous ne pourrons peut-être plus entendre certaine d’entre elles : la course effrénée à l’innovation et la substitution technologique mettent les conditions matérielles d’exécution de l’œuvre en danger, rendant ses reprises délicates – ainsi, les organisateurs de concerts hésitent à programmer des œuvres importantes avec électronique temps réel. Mais ce qui apparaît comme un danger important pour la transmission voire même l’existence de notre culture laisse aussi pressentir de nouveaux horizons de compréhension de cette dernière. Ainsi, la critique génétique des œuvres interactives faisant appel à l’électronique temps réel est à inventer. Nous en proposons quelques pas à la lumière d’expériences pratiques comme la reprise de l’œuvre Diadèmes de Marc-André Dalbavie pour sa création américaine en décembre 2008, plus de vingt ans après sa première exécution : les synthétiseurs utilisés par le compositeur en 1986 sont des objets de musée, et leurs substituts logiciels ne donnent pas des résultats satisfaisants à ses oreilles. Nous suivons ainsi Marc-André Dalbavie et le réalisateur en informatique musicale qui l’accompagne, Serge Lemouton, dans une démarche de « reviviscence ». Nous rendons compte d'un certain nombre de recherches menées à l'IRCAM dans le cadre des projets CASPAR et ASTREE.
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Genèses musicales, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, pp.239-254, 2015, 978-2-84050-991-2. 〈http://pups.paris-sorbonne.fr/catalogue/arts-et-esthetique/hors-collection-histoire-geographie-et-archeologie/geneses-musicales〉
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Contributeur : Alain Bonardi <>
Soumis le : mardi 22 août 2017 - 11:39:00
Dernière modification le : jeudi 24 août 2017 - 01:12:43

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Alain Bonardi. Rejouer une œuvre avec l'électronique temps réel : enjeux informatiques et musicologiques. Genèses musicales, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, pp.239-254, 2015, 978-2-84050-991-2. 〈http://pups.paris-sorbonne.fr/catalogue/arts-et-esthetique/hors-collection-histoire-geographie-et-archeologie/geneses-musicales〉. 〈hal-01242545〉

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