L'escalade, un sport comme les autres dans la course aux Jeux ?

Samuel Challéat 1, *
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Résumé : Comme le terme « sport » est devenu pansémique (il peut aujourd'hui tout – et donc rien ! – vouloir dire : les habits peuvent être « sportswear », le design d'une voiture citadine peut être « sport », etc.), il ne suut plus de dire que l'escalade est devenue un sport pour comprendre ses évolutions et leurs ressorts. Nous pouvons rappeler la définition du sport donnée par Pierre Parlebas dans son Lexique commenté en science de l'action motrice, pour qui il s'agit de « l'ensemble des situations motrices codifiées sous forme de compétition et institutionnalisées », mais il apparaît plus intéressant de se pencher sur les processus de transformation qui font d'une pratique – un jeu par exemple – un sport. Le terme « sportivisation » (ou « sportification » si l'on souhaite faire l'anglicisme) est alors régulièrement employé, notamment en sociologie du sport, pour conceptualiser ces évolutions vers une conformation du jeu corporel à des règles sportives et à une mise en compétition par l'intermédiaire d'institutions qui en sont garantes, le tout dans des espaces dédiés (terrains, stades, structures artificielles d'escalade, etc.). L'application d'une approche constructiviste à cette grille de lecture est particulièrement pertinente : quelle que soit la discipline sportive, la mise en compétition ne se fait pas en un jour, et les règles du jeu ou encore les fédérations sportives sont bien des construits humains. En ce qui concerne les mutations des pratiques dans l'escalade depuis les années 1970, cette approche est également riche d'enseignements, notamment du point de vue institutionnel et dans la lecture des clivages et des tensions qui peuvent exister entre les diiérents types de pratiques de l'escalade (falaise, terrain d'aventure, bloc, indoor, etc.). Enfin, au moment où la compétition en escalade cherche à prendre la voie de l'olympisme, cette lecture est l'occasion d'eeectuer un parallèle entre ces évolutions et les valeurs et exigences des Jeux, avec en arrière plan plusieurs questions. L'escalade, historiquement activité de pleine nature, essentielle et éthique, peut-elle s'accommoder des carcans du sport ? Plus simplement, l'escalade s'est-elle construite suivant les mêmes schémas que ceux observés dans les autres sports ? Et dans l'aarmative, l'olympisme (avec ses dérives, observées dans nombre d'autres sports ayant déjà franchi le pas) doit-il pour autant constituer une finalité absolue pour l'escalade ? Pour amorcer quelques réflexions qui pourront aider chacun à se forger sa propre opinion, nous commencerons par regarder comment, au cours des quarante dernières années, le processus de sportivisation a modelé le paysage de l'escalade. Nous verrons ensuite que les questionnements, les tensions voire les conflits qui ont inéluctablement accompagné – et accompagnent encore – ce processus ne sont pas propres à l'escalade : l'histoire et la sociologie du sport nous apprennent qu'ils structurent toute pratique sportive, jusqu'à structurer le sport dans son ensemble. Enfin, en nous penchant sur les valeurs véhiculées par l'olympisme – entre discours et réalités – et sur les débats suscités par une éventuelle entrée de l'escalade dans ce mouvement, nous ouvrirons des pistes de réflexion pour ne plus penser les Jeux comme l'horizon ultime de la grimpe.
Document type :
Journal articles
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01150150
Contributor : Samuel Challéat <>
Submitted on : Friday, May 8, 2015 - 6:36:26 PM
Last modification on : Friday, June 14, 2019 - 6:31:07 PM

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  • HAL Id : hal-01150150, version 1

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Citation

Samuel Challéat. L'escalade, un sport comme les autres dans la course aux Jeux ?. Grimper, le magazine de l'escalade, Nivéales, 2014, pp.26-30. ⟨hal-01150150⟩

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