Les thermes, le ski, et puis la nuit. Des stations illuminées à la valorisation des ressources environnementales nocturnes dans les territoires touristiques.

Résumé : Les réflexion engagées par le Collectif RENOIR interrogent le devenir des territoires touristiques au regard d’un processus émergent : la considération de la nuit et du paysage nocturne dans les projets de territoires. La mise en scène de ce que nous appelons des « ressources environnementales nocturnes » est appréhendée comme point de départ pour l’observation des stations touristiques en transition. Ce processus s’accompagne de mutations profondes, qui trouvent leurs sources dans la remise en cause d’un éclairage urbain (monumental, de voirie, de sécurisation, etc.) focalisé, jusque dans les années 1980, sur des aspects quantitatifs. Les différentes fonctions de l’éclairage urbain sont au cœur de l’invention des stations touristiques. Pensons à la mise en place de l’éclairage urbain dans les stations mondaines de la fin du 19ème siècle, précédant parfois de plusieurs décennies l’électrification de zones rurales agricoles : la lumière constitue l’une des données essentielles de l’aménagement touristique. Mais depuis les années 1990, la considération de la nuit s’accompagne d’une nouvelle appréhension qualitative des espaces nocturnes : mise en profession de l’urbanisme lumière, interrogations des concepteurs-lumière face à une monumentalisation de la ville nocturne, nouveaux zonages et nouvelles exigences environnementales et énergétiques à la suite d’une intégration dans le droit positif français (Grenelle de l’Environnement, 2011), émergence de différents labels se voulant garants d’une « qualité environnementale de la nuit » et de son ciel étoilé, mise en place de Réserves Internationales de Ciel Etoilé, projets de « parcs urbains nocturnes » dans plusieurs villes d’Europe, ou encore discussions à l’UNESCO autour de la patrimonialisation du ciel étoilé. Le papier proposé s’articule autour des questions suivantes : 1.Dans quelle mesure ces préoccupations trouvent-elles aujourd’hui une place dans la fabrique des territoires touristiques ? 2.Comment le ciel étoilé (« paysage céleste nocturne ») et les pratiques récréatives de la nuit « noire » permettent-ils aux acteurs de s’engager dans le changement et de construire de nouvelles ressources (environnementales, territoriales) ? Notre réflexion s’inscrit dans la continuité des travaux exploratoires conduits par le Collectif RENOIR sur les ressources environnementales nocturnes, le tourisme et les territoires. À partir de l’étude des territoires touristiques de Haute-Bigorre récemment engagés dans la valorisation de la Réserve Internationale de Ciel Étoilé du Pic du Midi de Bigorre, notre communication montre le passage d’une ressource touristique générique (les thermes, la neige, le ski et ses pistes éclairées) à une ressource spécifique liée à la mise en controverse de l’éclairage urbain depuis les années 1970 : la « nuit noire » comme nouvel objet touristique. Les processus de constitution de la RICE et de mise en tourisme de l’objet « nuit étoilée » au Pic du Midi de Bigorre sont au cœur de nos enquêtes. La RICE est produite sur la base de multiples proximités (PECQUEUR et ZIMMERMANN, 2004). D’une part, la mise en tourisme d’un site protégé est une action publique multidimensionnelle dont l’analyse requière la prise en considération des objets qu’elle produit et des facteurs cognitifs, organisationnels et institutionnels qu’elle combine. D’autre part, la mise en relation de pluralité de logiques d’action dans l’émergence de la RICE conduit à considérer les conditions de la controverse par laquelle s’opèrent les traductions permettant à des mondes hétérogènes de se constituer en réseau (CALLON, 1986 ; CALLON et al., 2001, CHALLÉAT et LAPOSTOLLE, 2014). Cette mise au jour du réseau passe par l'analyse des épreuves et de leur dépassement cognitif en mobilisant les thématiques institutionnelles (NORTH, 1990 ; HALL et TAYLOR, 1997), les travaux sur la proximité, les recherches sur les ressources territoriales et patrimoniales (PECQUEUR, 2004 ; BARRÈRE et al., 2005 ; GUMUCHIAN et PECQUEUR, 2007). Ce positionnement interdisciplinaire dans l’analyse de l’objet touristique (DARBELLAY et STOCK, 2012) nous permet d’identifier les changements de représentations, de références et de pratiques à l’œuvre liés au processus polysémique de patrimonialisation (MICOUD et PÉRONI, 2000 ; RAUTENBERG, 2004 ; DI MÉO, 2007 ; SOL, 2007 ; BÉNOS, 2011). Aussi, pour rendre compte « des interdépendances, des interpénétrations, des circulations ou des transformations des microcosmes » (LAHIRE, 2012, p. 342), notre matériau empirique croise différentes sources. Celles-ci sont obtenues par un travail en immersion fait d’observations in situ, d’entretiens avec les acteurs institutionnels, associatifs, économiques et scientifiques membres de cette coalition de projet, d’analyses des différents supports de communication et des diverses échelles de labellisation.
Document type :
Conference papers
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01148543
Contributor : Samuel Challéat <>
Submitted on : Monday, May 4, 2015 - 6:29:31 PM
Last modification on : Friday, June 14, 2019 - 6:31:07 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-01148543, version 1

Citation

Rémi Bénos, Samuel Challéat, Dany Lapostolle. Les thermes, le ski, et puis la nuit. Des stations illuminées à la valorisation des ressources environnementales nocturnes dans les territoires touristiques.. Trajectoires des aires et stations touristiques : dynamiques d'innovation, mises en tension et enjeux prospectifs, Apr 2015, Bordeaux, France. ⟨hal-01148543⟩

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