D'un théâtre romantique fantastique : réflexions sur une trop visible absence

Résumé : " Théâtre romantique ", " drame romantique " : l'expression recoupe presque exclusivement dans les histoires littéraires et pour une bonne part de la critique le " drame historique ", en vers ou en prose, au détriment de la comédie, de la représentation du monde contemporain, ou encore de l'ouverture aux thèmes fantastiques. Cette triple occultation, en particulier la dernière, s'explique aisément. La sur-représentation du théâtre hugolien, parfois identifié avec toute la scène romantique, focalise l'attention sur le matériau historique du drame, sur une " vérité historique " par où s'interroge l'histoire présente : " [...] ce serait l'histoire que nos pères ont faite confrontée avec l'histoire que nous faisons ". Les théoriciens de la scène romantique ont souvent mis en avant la nécessité de construire une représentation renouvelée de l'histoire collective, fondée sur la couleur locale et sur le " caractéristique ", et ont justifié ainsi leur condamnation d'une poétique classique sclérosée et inactuelle : la " tragédie nationale en prose ", réclamée par Stendhal dans Racine et Shakespeare dès 1823, appelle la rupture des unités de temps et de lieu, et une prose capable d'exprimer les affects humains sur un mode plus direct. Avant lui, Benjamin Constant, dans ses réflexions sur Wallenstein, envisage un nouveau " ressort tragique ", " l'action de la société sur les passions et les caractères ", la " pression de l'ordre social, offert dans son ensemble " ; ce déplacement de la fatalité tragique, anciennement inscrite dans quelque transcendance (le Destin, les Furies), entraîne une attention nouvelle pour la surface immanente, fortement caractérisée, de " l'état de la société ". Enfin, sur un terrain plus pratique que théorique, l'une des matrices les plus fécondes de la dramaturgie du théâtre romantique est constituée par les " scènes historiques " composées, pour être lues " dans un fauteuil ", par les Libéraux Ludovic Vitet ou Prosper Mérimée - forme dans laquelle s'inscrit le Lorenzaccio de Musset, d'après la scène historique de George Sand, Une conspiration en 1537. Une nouvelle fois, l'histoire comme processus dynamique, sa représentation colorée, constituent le fond et engagent la forme du théâtre de " l'école moderne " à partir des années 1820.
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Contributor : Olivier Bara <>
Submitted on : Thursday, December 5, 2013 - 11:16:27 AM
Last modification on : Wednesday, November 20, 2019 - 8:04:45 AM
Long-term archiving on : Thursday, March 6, 2014 - 4:36:47 AM

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Olivier Bara. D'un théâtre romantique fantastique : réflexions sur une trop visible absence. Revue d'Histoire du Théâtre, Publiée avec le Concours du Ministere de la Culture, 2013, pp.69-86. ⟨hal-00914274⟩

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