Voir Vautrin : la vérité du type balzacien, entre roman et théâtre

Résumé : " [...] un étrange objet littéraire qui n'est ni une pièce de théâtre ni un récit romanesque, et l'on ne peut même pas dire que ce soit l'adaptation d'un roman car il faudrait au moins qu'il y ait roman à adapter, et ce n'est pas le cas. " Tel est le commentaire proposé par Pierre Laforgue dans un article consacré en 2002 au drame de Balzac, Vautrin. La " pièce ", si pièce il y a bien, première véritable tentative de Balzac à la scène après bien des projets avortés, fut créée au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 14 mars 1840 avant d'être enlevée de l'affiche par la censure, après la première et unique représentation. Sans être à proprement parler une adaptation théâtrale, cette œuvre dramatique est la seule, achevée, à entretenir des relations étroites - intimes - avec au moins un roman et une nouvelle de Balzac. Puisque la transposition d'un ouvrage sur la scène théâtrale est ici envisagée comme une modalité particulière de " relecture " de son œuvre par l'auteur, sans doute convient-il de revisiter ce drame balzacien selon une perspective renouvelée, en tâchant d'y cerner un regard rétrospectif de Balzac jeté sur une partie de son œuvre romanesque antérieure, et sur un des personnages les plus étrangement fascinants de ce qui n'est pas encore en 1840 la Comédie humaine. Mais il s'agit aussi d'envisager, comme le suggère d'ailleurs Pierre Laforgue dans l'article pré-cité, la " position stratégique " occupée par le drame Vautrin à l'intérieur du processus créatif de la composition romanesque : le retour sur l'œuvre et sur le personnage déjà engendrés, par le détour de la scène, possède aussi un caractère prospectif et, pour ainsi dire, projectif à l'intérieur d'une œuvre dynamique et ouverte. Se relire par le transfert scénique serait la marque d'un refus et la trace d'un essai : refus de la clôture de l'œuvre et essai de sérialité dans la composition, au moment où Balzac a découvert, depuis Le Père Goriot, le principe des personnages reparaissants. Enfin, il faut insister sur l'entreprise d'incarnation scénique de Vautrin, arraché aux pages du roman, figuration qui n'est pas la première en 1840 puisque deux vaudevillistes au moins ont déjà transposé à la scène Le Père Goriot : le geste de Balzac " relisant " Vautrin en scène est de réappropriation ; au-delà, il consiste à mesurer et à révéler de manière rétroactive la nature théâtrale du personnage de Vautrin, avatar romanesque du type dramatique de Robert Macairei. Enfin, la transposition scénique viserait surtout à projeter Vautrin dans l'espace vivant, public, social de la scène théâtrale, comme pour en évaluer la puissance de déstabilisation et en cerner la vérité : vérité éclatante, explosive - socialement, moralement parlant - du type romanesque comparée, à l'aune de la relecture scénique, à la vérité, peut-être affaiblie, du type dramatique.
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Contributor : Olivier Bara <>
Submitted on : Wednesday, November 27, 2013 - 4:38:43 PM
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Olivier Bara. Voir Vautrin : la vérité du type balzacien, entre roman et théâtre. La Relecture de l'œuvre par ses écrivains mêmes, Tome III, Se relire par l'image, Kimé, pp.243-259, 2012. ⟨hal-00910250⟩

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