"Dérive, déliaison, délire : Odry dans la parade des Saltimbanques, ou le rire en 1838"

Résumé : De quoi rit-on dans les théâtres ? et comment rit-on au théâtre ? Ces questions simples sont vertigineuses, surtout lorsqu'elles concernent le théâtre passé, éloigné, les scènes du XIXe siècle dont seuls demeurent ces résidus : des textes dramatiques relevant du répertoire dit comique. Ces textes programment certes le rire, dans tel quiproquo, tel rebondissement, telle réplique, ou tel jeu de scène inscrit dans la didascalie, et le lecteur contemporain peut ou non répondre à ces sollicitations, en apprécier la charge par le rire silencieux ou éclatant. Mais le stimulus comique ne déclenche pas nécessairement la réponse - l'éclat de rire -, et c'est un truisme de rappeler que les meilleures intentions comiques ne font pas le rire - par nature capricieux, vagabond, imprévisible, souvent suscité au théâtre par le " hors-texte " : un clin d'œil, une grimace, un costume trop grand, un chapeau trop petit. Stendhal, hanté par le désir " to make comedies ", s'amuse et s'étonne de tels caprices du public de théâtre lorsqu'il s'ingénie à pointer et à compter les rires de la salle - deux éclats de rire seulement lors d'une représentation de Tartuffe au Théâtre-Français le 4 décembre 1822, un seul moment d'hilarité quinze jours plus tard pendant toute une soirée constituée de Valérie de Scribe et des Deux Gendres d'Étienne. Fou rire continu pendant deux heures, en revanche, durant la représentation du Siège de Paris du Vicomte d'Arlincourt en 1826 - mais il s'agissait d'une tragédie. Cet enregistrement sismographique des secousses d'hilarité agitant un théâtre sert chez Stendhal à étayer son jugement, noté dans les marges du Rouge et le Noir en 1834 : la comédie est devenue impossible au XIXe siècle, du moins au théâtre, le gros du public ignorant la finesse et la haute société affectant la morale, affichant un " cant " propre à paralyser toute vis comica. Si l'on ajoute le contrôle exercé par la censure, prompte à émasculer toute comédie trop saillante, à limer toute pointe satirique trop aiguisée, l'on comprend qu'aux yeux de l'auteur de La Chartreuse de Parme la comédie n'ait d'avenir, au XIXe siècle, qu'à l'intérieur du roman.
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Contributor : Olivier Bara <>
Submitted on : Friday, November 29, 2013 - 11:15:15 AM
Last modification on : Thursday, February 7, 2019 - 2:31:36 PM
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Olivier Bara.  "Dérive, déliaison, délire : Odry dans la parade des Saltimbanques, ou le rire en 1838". Le rire moderne , Presses universitaires de Paris Ouest, pp.377-392, 2013. ⟨hal-00910205⟩

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