"Du nouveau dans le beau idéal" : Stendhal, " Vie de Rossini "

Résumé : Dans les " Lettres sur Haydn " insérées dans Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Stendhal constate en 1814 : " Cimarosa, Mozart, Haydn viennent de nous quitter. Rien ne paraît pour nous consoler ". Neuf ans plus tard, dans Vie de Rossini publiée en deux volumes, le 15 novembre 1823 à Paris, chez l'éditeur Auguste Boulland, le même Stendhal ouvre son introduction par un semblable rappel, sur le ton de la nostalgie : " Le 11 janvier 1801, Cimarosa mourut à Venise [...] ". Mais le premier chapitre répond aussitôt, en écho : " Le 29 février 1792, Joachim Rossini naquit à Pesaro ". Entre 1814 et 1823, entre les " Lettres sur Haydn " et Vie de Rossini, l'histoire, du moins en art, s'est remise en marche ; Stendhal se fait tout à la fois le chroniqueur et l'accoucheur de la nouveauté musicale en Europe. La célébration de la révolution rossinienne vaut aussi affirmation de " romanticisme " : rupture avec le culte de la forme et le conformisme des classiques. En particulier, il ne saurait être question pour le Dilettante de 1823 de s'identifier plus longtemps au défenseur du classicisme et du nationalisme en musique, le compositeur Henri Montan Berton. Ce dernier constatait déjà dans son pamphlet anti-rossinien de 1821, De la musique mécanique et de la musique philosophique, que Paisiello et Cimarosa, s'ils " ont eu d'illustres devanciers ", " n'ont point de successeurs ". Vie de Rossini est une réponse à cette affirmation qui sent trop la réaction - ou, pour mieux dire, la contre-révolution. À la défense de l'héritage de " nos illustres maîtres ", un héritage attaqué par Rossini, selon la métaphore militaire de Berton, à coup de doubles-croches, de " trombones, timbales et tams-tams ", Stendhal oppose une musique nouvelle, arrachée à tous les vieux académismes mortifères, adaptée à l'état social et moral d'un monde nouveau. L'adjectif prolifère sous sa plume. Pour le dire dans les termes de son pamphlet Racine et Shakespeare publié en volume en mars 1823, huit mois avant Vie de Rossini, Stendhal laisse à Berton et aux autres anti-dilettantes la musique " qui donnait le plus grand plaisir à leurs arrières-grands-pères ". Seul Rossini, au Théâtre-Italien de Paris, proposerait un art musical adapté à l'état actuel des mœurs françaises et européennes : offrirait aux générations présentes le plus de plaisir possible.
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Contributor : Olivier Bara <>
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Olivier Bara. "Du nouveau dans le beau idéal" : Stendhal, " Vie de Rossini ". Être moderne. Les écrivains face aux nouveautés artistiques, littéraires et technologiques, Eurédit, pp.65-78, 2011. ⟨hal-00909777⟩

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