Comment regarder l'"Autre" danser: intimité et fakapale dans l'interaction touristique en Polynésie Occidentale

Résumé : Les danses sont un mode de représentation largement utilisé au sein du tourisme culturel. L'une des raisons à cela est qu'elles permettent aisément de donner à voir une altérité recherchée par les touristes en quête d'exotisme. Le corps dansant est en effet un support privilégié pour donner forme à l'image fantasmée de peuples dits " primitifs ", supposés être demeurés plus proches de la nature et plus libres, notamment sexuellement, que les Occidentaux. Ceci est particulièrement vrai de la Polynésie, région volontiers associée à l'image d'Épinal d'une danseuse sensuelle et demi nue. A Tonga, archipel de Polynésie occidentale, les danses " traditionnelles " correspondent peu à cet idéal imaginaire. Les danses tongiennes, contrairement aux danses tahitiennes, font en effet très peu usage de mouvements de hanches et les costumes féminins dissimulent la plus grande partie du corps. Afin de répondre aux attentes des touristes, les performances touristiques contemporaines ont recours aux danses " sensuelles " de Polynésie de l'est et engendrent des créations et mélanges originaux. Cette " sexualisation " des danses, et le dévoilement d'intimité inhabituel que celle-ci implique, ne dérange en rien la plupart des touristes. En revanche, ceux-ci sont généralement interpelés, voire choqués, par le mode d'interaction entre le public tongien (également présent dans l'audience des spectacles touristiques) et les danseurs. Les normes gouvernant l'expression de l'appréciation esthétique en Polynésie sont en effet fort différentes des normes occidentales. Pour exprimer leur enthousiasme, les spectateurs tongiens ont habituellement recours à une pratique appelée fakapale. Celle-ci consiste à donner un objet, symbole de gratification, à un ou plusieurs danseurs. Aujourd'hui, les objets sont souvent remplacés par des billets de banque. Les touristes interprètent ce geste à l'aune de leurs propres références culturelles et l'assimilent aux dons de billets pratiqués lors de stripteases. De plus, ils pensent généralement que ce geste permet d'exprimer une attirance physique pour l'un des danseurs alors qu'il n'est que l'expression de l'appréciation esthétique de la danse. Cette pratique est donc plus susceptible d'engendrer du malaise chez les touristes que la sexualisation des danses elles-mêmes. Cette communication s'attache à éclairer et comprendre ce paradoxe.
Document type :
Conference papers
Complete list of metadatas

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00632804
Contributor : Aurélie Condevaux <>
Submitted on : Saturday, October 15, 2011 - 8:05:37 PM
Last modification on : Thursday, January 18, 2018 - 1:31:31 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-00632804, version 1

Collections

Citation

Aurélie Condevaux. Comment regarder l'"Autre" danser: intimité et fakapale dans l'interaction touristique en Polynésie Occidentale. Le corps dansant et l'intime (festival Inside Out), Mar 2011, Bruxelles, Belgique. ⟨hal-00632804⟩

Share

Metrics

Record views

336