« International Classification of Impairments, Disabilities and Handicaps» Que classe l'ICIDH ? Stratégies textuelles et traductibilité des textes.

Christian Rossignol 1, *
* Corresponding author
Résumé : En 1980, l'Organisation Mondiale de la Santé publiait à titre expérimental une « International Classification of Impairments, Disabilities and Handicaps. » présentée comme un outil statistique, de recherche et de politique sociale.
Un processus de révision de cette « classification », initié en 1993 par L'OMS, a successivement abouti à un projet Beta-1 (1997) intitulé « International Classification of Impairments, Activities and Participation » puis à un projet Beta-2 (1999) intitulé « International classification of Functioning and Disability ».
Les auteurs de la présente communication ont réalisé, pour le compte du Centre collaborateur français de l'OMS, une traduction de la version Beta-1 ainsi qu'une analyse sémiotique, conceptuelle et formelle des deux derniers projets.
Il ressort de ce travail que les difficultés de traduction que présentent ces documents ne sont pas principalement celles qu'envisagent les « directives de traduction » qui les accompagnent. Les problèmes de traductibilité résultant de l'absence d'un terme équivalent dans une langue différente ou d'une notion équivalente dans une culture différente peuvent le plus souvent être identifiés et résolus sans difficulté majeure.
En revanche, dans la plupart des cas, les difficultés de traduction renvoient à un problème inhérent à la construction et à la définition des catégories de la classification, problème que la traduction ne fait que révéler.
Ces difficultés tiennent d'abord au fait que, en dépit de ce qu'affirment les auteurs de ces textes, les termes clef des « classifications » proposées ne renvoient pas à des « concepts » définis en compréhension, mais sont utilisés selon leur sens commun dans une langue et dans une culture.
Elles tiennent ensuite à ce que certaines ambiguïtés récurrentes sont utilisées comme éléments de stratégies textuelles au service de stratégies politiques et corporatistes. Certains termes tels que « disablement », « concept », « model », « norm », renvoient à plusieurs contenus différents qu'il n'est pas possible de traduire par des termes distincts sans ruiner ces stratégie textuelles et altérer le fonctionnement du texte original.
Un examen attentif de l'organisation des catégories de la classification des « impairments » montre que, en dépit de ce qu'affirme le préambule du texte, cette organisation ne renvoie pas à une organisation conceptuelle des « connaissances biologiques » existantes. Elle consiste plutôt à suivre - ou à établir - les « frontières » des spécialités biomédicales et médico-sociales qui, elles-mêmes correspondent approximativement aux grandes catégories de la nosographie.
L'analyse des « overlaps » entre catégories montre en effet que ceux-ci ne renvoient pas à des chevauchements entre champs de connaissances mais à des recouvrements entre champs professionnels.
En ce sens, les catégories de la « Classification » proposée par l'O.M.S. ne visent pas l'organisation scientifique d'un champ de connaissance mais l'organisation sociale et politique d'un champ professionnel.
Nous montrerons ensuite que, pour dépasser l'opposition traditionnelle entre « modèle médical » et « modèle social », les auteurs se fixent pour objectif de tenter de « réaliser une synthèse qui offre une vue cohérente des différentes dimensions de la santé aux deux niveaux biologique et social ». Ils affirment même y être parvenu et être en mesure de proposer un « modèle d'intégration biopsychosociale » destiné à « appréhender ensemble les aspects physiologiques, personnels et sociétaux ». Mais, en l'absence de développement ou de référence théorique clairement identifiable, il s'avère que ce « modèle » n'est pas une nouveauté mais renvoie à un ensemble de présupposés auxquels adhérent les auteurs et sur lesquels ils fondent leur démarche.
Ce « modèle » s'appuie sur des croyances populaires et sur des traditions philosophiques ou religieuses déjà anciennes mais dont l'actualité idéologique reste entière et les enjeux actuels. Elles accordent à la Science un statut que l'on voit accordé ailleurs à d'autres principes explicatifs universels ; alors que le « modèle » proposé ne repose pas lui-même sur un fondement scientifique, mais sur des postulats ontologiques.
Ces postulats, et le principe unique d'explication qui en découle semblent être à l'origine, du choix d'un modèle formel inadéquat et, par voie de conséquences, de l'impossibilité dans laquelle se trouvent les auteurs d'établir les distinctions conceptuelles nécessaires pour le faire fonctionner.
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Conference papers
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Contributor : Cnrs : Umr6057 Laboratoire Parole Et Langage <>
Submitted on : Tuesday, May 29, 2007 - 7:08:16 PM
Last modification on : Thursday, January 18, 2018 - 2:25:05 AM
Long-term archiving on: Thursday, April 8, 2010 - 6:18:19 PM

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Christian Rossignol. « International Classification of Impairments, Disabilities and Handicaps» Que classe l'ICIDH ? Stratégies textuelles et traductibilité des textes.. 2000, pp.1-12. ⟨hal-00150246⟩

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