| Ernest Fouinet (1799-1845) n'est plus aujourd'hui connu (et, encore, des seuls spécialistes) que pour avoir fourni à Victor Hugo (1802-1885) les fragments de poèmes orientaux -arabes, persans et, surtout, le pantoum malais- cités dans une des notes des Orientales (1829). Les fragments arabes sont les plus nombreux (18 et même 21, si l'on observe que le n° 16 est lui-même constitué de quatre fragments). Il semble qu'aucun arabisant ne se soit soucié d'identifier précisément les poètes, qui ne sont pas tous nommés, et les poèmes dont ces fragments sont extraits. C'est ce que nous ferons ici. Ces fragments constituent une véritable anthologie de la poésie arabe archaïque, tant préislamique que des premiers temps de l'islam. Cet échantillon est représentatif de la conception que s'en faisaient les orientalistes de l'époque, mais qui démarquait celle que s'en faisaient les érudits arabes médiévaux. Tous les fragments sont en effet extraits d'œuvres-phares. Seules deux sources de Fouinet peuvent être formellement identifiées et on ne peut exclure un recours à des manuscrits. Ses commentaires, dont beaucoup, mais non tous, sont repris par Hugo, montrent une sympathie de poète pour d'autres poètes. Sa traduction, sans être aussi littérale que le prétend Hugo, n'en frappe pas moins par une relative concision et précision. Même s'il a, dans certains cas, un œil sur des traductions latines antérieures, il n'en a pas moins l'autre sur l'original arabe. Malgré Hugo, relayant Fouinet, la " cassideh " arabe (qasîda : la grande forme poétique arabe, monomètre et monorime) semble avoir raté son entrée sur la scène littéraire française. Ce n'est pourtant pas faute que Fouinet ait essayé de la " naturaliser " : l'année suivante, il donnera dans un recueil collectif trois pièces majeures de la poésie arabe préislamique et cette fois-ci sous la forme d'odes continues en alexandrins et à rimes plates. Bien qu'il n'ait pas persévéré et n'ait pas fait école, Fouinet n'en apparaît pas moins comme un authentique pionnier de la traduction, spécialement poétique, de la poésie arabe archaïque. |