| À l'exception du groupe Nation of Islam, la référence à l'Afrique est le principal ressort du nationalisme culturel des Afro-Américains. Mais ce panafricanisme des diasporas noires n'interdit ni la plasticité des discours ou des pratiques, ni la diversité des formes ou des objets de réappropriation, comme le prouve l'exemple dogon examiné dans cet exposé. Si les élites afro-américaines ont récupéré la culture dogon telle qu'elle a été fixée, mythifiée et popularisée par l'ethnologie griaulienne, elles ne l'ont pas utilisée comme un modèle à imiter ; elles l'ont plutôt traitée comme une vitrine prestigieuse, un témoin pluriséculaire et un point de repère immuable démontrant aux yeux de tous la sagesse, la créativité et la supériorité originelles des Africains. Plutôt que de copier des pratiques dogon ou de s'en inspirer, ces élites universitaires, littéraires ou artistiques ont ainsi sélectionné, adapté et réinterprété quelques-uns des traits culturels dogon valorisés par Marcel Griaule pour les transformer en symboles distinctifs des traditions ancestrales et de la vitalité créative des Afro-Américains. De tels emblèmes leur permettent non seulement de revendiquer une essence africaine valorisante, mais aussi de concilier passé et futur, ancrage local et liens transnationaux, revendications nationales et visibilité internationale. |