| Les grandes synthèses historiques sur les modèles familiaux européens ont désigné la Russie comme le représentant le plus typique du modèle oriental de mariage universel. Cependant, on ne sait guère comment ce résultat était obtenu en pratique, ni l'effet que des changements historiques et sociaux ont pu avoir sur le calendrier et l'intensité de la nuptialité. Dans cet article qui reconstitue, à partir des registres paroissiaux et de dénombrements fiscaux, l'évolution des mariages au XIXe siècle dans trois villages ruraux proches de Moscou, Alexandre AVDEEV, Alain BLUM et Irina TROITSKAIA décrivent le fonctionnement du marché matrimonial et l'influence du servage. Ce système, qui attache les paysans à un propriétaire et à sa terre, oblige les intéressés à se marier dans leur communauté d'origine. Avec l'abolition du servage en 1861, cette contrainte très lourde disparaît et l'aire de recrutement des conjoints s'élargit. Avant comme après 1861, le mariage reste cependant soumis aux règles patriarcales des communautés rurales. L'épouse va résider dans la famille de son mari, qu'elle contribue à enrichir. Si le mariage est précoce et universel, c'est en partie parce qu'il n'est pas lié à la constitution préalable d'un patrimoine. |