| Les historiens des inventing traditions [Ranger, 1993] n'ont de cesse de nous prouver que le modèle ethnologique des religions tribales et locales est en grande partie une invention des administrateurs, des missionnaires et de leurs complices, les catéchistes et les lettrés indigènes. La politique coloniale visait en effet à circonscrire des sociétés mobiles aux pratiques fluctuantes et à évacuer le danger de cultes antisorcellerie à vocation régionale et intertribale ou de mouvements prophétiques déstabilisant les chefferies locales. Ainsi les dispositifs rituels qu'on a appelés « religions africaines », loin d'être confinés dans la reproduction et la gestion d'un microcosme familial ou villageois, ont toujours eu, hier comme aujourd'hui, des ressources d'innovation, empruntant les rites des voisins ou les dieux des étrangers comme une bonne recette, se donnant les moyens de relever les défis d'une situation globale en mobilisant des réseaux intertribaux. |