| Plusieurs historiens byzantins évoquent l'existence, dans la Bibliothèque impériale de Constantinople, d'ouvrages secrets, parfois nommés "sibyllins", contenant des oracles, accompagnés d'images, portant sur les empereurs futurs et les destinées de Constantinople, parfois jusqu'à la fin du monde. Les sources byzantines nous fournissent aussi de nombreux oracles ou prophéties, isolés ou regroupés. Plusieurs de ces groupes d'oracles sont attribués à l'empereur Léon VI le Sage (886-912), ce qui leur vaut le nom d'Oracula Leonis. Certains manuscrits portant ces oracles accompagnés de leurs illustrations (souvent des bêtes fantastiques) sont parvenus jusqu'à nous. Je tâche premièrement de recenser, de dater et de présenter les groupes d'oracles attribués à Léon, ainsi que les interprétations diverses qu'ils ont reçues au cours de l'histoire (chaque époque identifiant les empereur prophétisés en fonction de ses préoccupations politiques). Puis je focalise mon attention sur deux catégories d'oracles particulièrement importants à partir du XIVe siècle: ceux qui évoquent l'Empereur pauvre et libérateur et ceux qui évoquent la fin de Constantinople. Enfin, j'examine la destinée des Oracula Leonis dans deux aires culturelles: à Byzance au moment de la prise de la Ville par les Turcs et dans les siècles suivants (les oracles n'étant plus compris alors comme annonçant les derniers empereurs grecs et la chute de l'empire, mais les derniers sultans ottomans et la libération de l'empire), et en Occident où, rapidement traduits en latins, ils ont nourri deux mythes historico-eschatologiques: celui du pape angélique (par le biais des Vaticinia de summis pontificibus attribués à Joachim de Flore) et celui de l'empereur pétrifié. |